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Léo, un horloger passionné

Quand un jeune homme moderne répare les outrages du temps qui passe. Et se raconte par le biais d’un livre, d’un film et d’une chanson.


Texte  : Pascale Dubosq. Photos : Thibault Dumas.


Lorsque l’on pousse la porte de l’atelier de Léo Thoury, 22 ans, horloger-réparateur- restaurateur à La Belle-Étoile, à Treillières (Loire-Atlantique), le temps semble s’être arrêté malgré les secondes qui s’égrènent au rythme des carillons, coucous et pendules de toute sorte. La moustache de dandy, la montre à gousset à la boutonnière, Léo nous accueille chaleureusement derrière son comptoir à l’ancienne, une chanson du siècle dernier en musique de fond. Une vision de la vie qu’il partage volontiers avec qui entre dans sa boutique : « Je suis un des rares irréductibles gaulois à me servir d’un électrophone en 78 tours ! », lance t-il à la cantonade.

Sa passion pour les mécanismes d’horlogerie s’est découverte lorsqu’il a poussé sur le chemin du lycée la porte d’un professionnel avec un carillon des années 1950. Durant trois mois, le jeune homme a réparé sa pendule sous l’œil attentif de l’horloger-formateur. Dès lors, il n’a eu de cesse que de se procurer tout ce qui avait des mécanismes, mouvements, cadrans.

Son livre : « Si c’est un homme » de Primo Levi (1947)

Il s’agit du témoignage autobiographique de l’auteur sur sa survie dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz (sud de la Pologne) où il a été détenu de février 1944 à la libération du camp le 27 janvier 1945. « Ce livre m’apporte beaucoup d’émotions. Il me fait passer de la joie aux larmes. Je le relis parfois afin de me remémorer ce texte très fort », explique sobrement Léo.

Son film : « Retour vers le futur » trilogie de Robert Zemeckis (1985, 1989, 1990)

Ce film raconte le voyage dans le passé de Marty McFly, un adolescent, à bord de la fameuse machine à voyager dans le temps fabriquée par le docteur Brown. «Je suis obsédé par le contrôle du temps et je trouve fabuleuse, l’idée de voyager soit vers le futur, soit dans le passé. J’aime me répéter que, si on pouvait le faire, on pourrait peut-être pu éviter bien des catastrophes. Je suis comme le lapin « d’Alice au pays des merveilles » avec sa lampe de poche. J’ai l’impression de ne jamais avoir le temps. Certains horlogers sont tombés malades car ils n’arrivaient pas à maîtriser le temps. Je ne suis pas maître du temps. Je répare seulement des mécanismes qui l’indiquent. Et j’ai toujours un souci lorsque je dois quantifier mon temps d’intervention. Il m’arrive souvent de demander aux clients s’ils sont pressés. Personnellement, je roule en solex, habillé à la mode des années cinquante ! »

Sa musique : « Les nocturnes » de Frédéric Chopin (1827-1846)

« Cette musique est sereine, calme. Elle défile comme de l’eau qui coule. Lorsque je vais près du Gesvres, à la cascade, j’entends l’eau qui ruisselle comme le piano de Chopin et j’imagine le temps qui passe… J’aime mettre ces nocturnes quand je dois réparer une belle montre ancienne car elles m’inspirent du respect pour les mécanismes du temps passé. Comme si l’art de la musique et l’art de réparer les outrages du temps sur de beaux mécanismes se rejoignaient en une douce mélodie. De nos jours, les jeunes de ma génération ont perdu cette notion du temps et c’est bien dommage… Toutefois, j’ai des goûts musicaux très hétéroclites qui vont du classique à la musette ». Léo est un jeune homme ancré dans son temps.


Making-of : « Dans ma thèque », une autre façon de réaliser un portrait. Par le biais d’un livre, un film, une musique, on entre dans la tête  d’un homme ou d’une femme, que l’on croise parfois au quotidien. Un exercice pas forcément facile, car requérant sensibilité et précision, réalisé ici avec des habitués de la bibliothèque  de Treillières.